Parfaitement (im) - Parfait

Ca fait longtemps qu'on a pas parlé du Joufflu non ?
Alors quoi de neuf ?
4 ans et demi, grand, fin, bougeon, souriant, pénible et clown. Voilà... Vous savez tout ! Ca résume parfaitement...
Mon Sam est un petit bonhomme qui parfois joue l'ado. Un bisounours qui nous câline, qui nous raconte plein d'histoires, qui a une répartie déconcertante, qui déteste l'échec, un peu fainéant, sociable (trop peut être), honnête.
Sa personnalité s'exprime et on découvre quelqu'un de très intéressant, qui a très envie de découvrir les autres (quel que soit leur âge ou leur condition), qui sait parfaitement ce qu'il veut.
On ne va pas se cacher que, si parfois j'ai envie de le mettre dans le four, ces qualités et ces défauts là me plaisent. A l'heure de l'enfant roi, je crois qu'on aimerait quand même bien qu'ils restent à leur place nos mômes. C'est vrai, on les veut sûrs d'eux, en capacité de se défendre, avec de "la personnalité", aventuriers sans être téméraires. Mais quand même, à table on aimerait qu'ils se tiennent droit, qu'ils ne nous remballent pas avec une réflexion de grand.
Qu'ils jouent seuls, qu'ils s'autonomisent sans grandir, parce qu'on y tient à nos bébés, merde !
Pour autant, je crois qu'il faut se regarder en face. Ils se construisent. Et puis surtout, ils ne sont pas à nous. Ce sont des personnes. Et je peux vous jurer qu'à 4 ans et demi, on comprend déjà bien les hommes (ou les femmes) qu'ils seront.
Dans le cas de celui qui m'intéresse le plus, il l'exprime déjà très bien. L'autre jour, à l'anniversaire d'une amie, il voulait manger avec les adultes (les grands parents quoi). Je me suis approchée pour contrôler qu'il avait compris que l'on mange assis, sans se repeindre le visage et les fringues... Et puis aussi un peu pour vérifier qu'il ne raconterait pas trop n'importe quoi ! Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit "non non, mais toi tu t'en vas". Bon ok.
J'allais faire quoi ? Lui dire qu'on ne parle pas comme ça à sa maman ? Il n'a pas dit de gros mots (il ne m'a pas dit de dégager par exemple). Il voulait être seul avec ce groupe de personnes qu'il ne connaissait pas, sans que j'interfère. J'avais 2 options. Me fâcher (mais pourquoi ?) ou le laisser et vérifier du coin de l'œil qu'il ne faisait pas n'importe quoi.
Après tout, son désir était clair. Certes il n'a que 4 ans et demi et je reste sa maman, il me doit une certaine forme de respect, moins que pour d'autres mais quand même. Mais en même temps sa demande était légitime.
Je ne sais absolument pas ce qu'il a raconté à cette famille. Tant pis, ça fait partie de son quotidien. Il vit aussi énormément de choses sans nous. A l'école, aux nombreux anniversaires des copains. En général quand je viens le chercher, les mamans me racontent qu'il est trop drôle, qu'il fait le clown, qu'il remue oui... Mais il est invité, à contrario de certains petits garçons qu'on ne voit jamais chez les copines, car considérés comme trop pénibles. Ca c'est pour ma petite fierté de maman (mal placée on est d'accord).
Les ATSEM de l'école l'accueillent à bras ouvert le matin, en l'appelant "la tornade". Mais il y'a ce câlin et ce bisou qui font que je me dis (peut être à tort) que malgré le bordel qu'il met, il est aimé et sait se faire bien voir, petit fayot.
Je sais qu'il remue. Je sais qu'il n'est pas le plus calme ni le plus facile. Pour autant, ses interactions constantes avec tous les adultes (dans le bus, à la boulangerie, partout) me laissent penser qu'il est bien dans ses baskets. Alors oui, c'est un fils unique. Y'en a que ça perturbe bien ça... Il serait caché sous ma jupe toute la journée, je comprendrais peut être mieux qu'on m'emmerde avec ça. Malgré tout ce qu'il s'est passé dans la toute petite enfance, je ne le sens pas "enfermé", fusionnel. Bien sûr il y'a des longs câlins dés qu'on est tous les 3. Mais il suffit qu'il puisse aller à la rencontre d'autres personnes pour qu'il n'ait pas besoin de nous sentir contre lui. Il vérifie qu'on est là mais c'est tout. Il a une capacité folle à échanger et à créer du lien. Très loin de certains enfants qui se cachent derrière leurs parents dés qu'une nouvelle tête se présente. Pas de jugement dans cette phrase, juste qu'ils sont tous différents.
Alors oui, il y'a aussi des moments où je lui prends publiquement la tête. L'autre jour une dame que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam m'a reprise parce que je lui demandais de se moucher (la morve au nez, je déteste !!!) et que je venais de lui dire de parler doucement. On était en ville, il s'était fait un nouveau copain. Je papote avec la maman ("et quel âge il a le vôtre ? Et il est où à l'école ?", une conversation passionnante). Sam braillait et on ne s'entendait plus, donc je lui dis de baisser d'un ton. Dans ce parc, des jeunes viennent boire des canons et il y'a des morceaux de verre dans les graviers. Il était en sandales donc je lui dis de faire attention. Et puis après le coup de la morvelle. Elle m'a dit "non mais c'est bon ! Y'a pas de souci". Genre "mais lâche le ton gosse !".
Alors primo : ton gamin fait ce qu'il veut, tant mieux. Le mien, bah c'est le mien (je déteste dire ça, il n'est pas à moi). Secundo, on est pas au cirque, les adultes parlent et d'autres gens sont posés tranquille dans l'herbe, on est pas obligé de crier pour jouer. Troizio, la morve non ! Pas de ça chez moi.
C'est dingue quand même. On les veux indépendants mais soumis, souriants mais pas joyeux, polis mais pas farouches.
Je m'en rends compte. Mon comportement de maman change selon qui nous observe. Par exemple, avec mes presque grands parents de 90 ans (qui ne sont pas mes grands parents mais on va pas rentrer dans les détails). On se voit pour les réunions de famille. Sam est le seul petit. Donc il est dans la démonstration. Je sais qu'ils fatiguent vite, on a pas la même patience à 30 ans, 60 ans et 90 ans. Qu'ils le trouvent remuant. Alors je briefe mon gamin. Lui au bout de 3 minutes, il a zappé. Il connaît bien l'appart de papy et mamy, il joue en faisant les bruits qui vont bien...
Alors que si on va chez des amis de nos âges et avec la même façon de penser que nous, aucun briefing. Tous nos mômes ont leurs défauts et on se connaît assez pour savoir sur quels aspects les parents des autres galèrent. On s'énerve indifféremment sur les nôtres ou ceux des autres, nos phrases fâchées commencent par "les enfants...". Je n'ai jamais mal pris qu'on reprenne mon enfant quand mes amis sont là, sous réserve qu'ils attendent la même chose des leurs.
Alors bon, au fur et à mesure, on s'adapte, ce n'est que ça être parent. On voit les qualités et les défauts de nos enfants. Ce n'est pas moins les aimer que de reconnaître qu'ils en ont, des défauts. Mais comme connaître les défauts de ses parents, de la personne avec qui l'on vit, on aime quelqu'un en entier ou non.
Mon fils est débordant de qualités, évidemment. Mais il a aussi une petite ribambelle de défauts, qui n'en sont pas pour moi mais qui peuvent l'être pour les autres et inversement. Il a l'air plutôt bien sans ses baskets, il sait ce qu'il veut et il sait l'exprimer. Il va bien, il a des peurs irrationnelles, il a un humour très développé, il prend des fous rires tout seul, pleure parfois sans raison.
Il parle beaucoup de la mort en ce moment, même en public. Et je ne le reprends pas. Il raconte que la fourmi elle est morte. Il me dit "allez, t'es morte" et je fais semblant, pour qu'il me réveille avec un bisou. On joue avec ça. Ce n'est pas tabou. Rien ne l'est. Les amis homo ("mais on a le droit ?"), les gens handicapés dans la rue ("maman, le monsieur il est handicapé hein c'est ça ? Comme sur les panneaux où tu as pas le droit de te garer"). Rien ne doit justifier que l'on s'interdise de parler de quelque chose. Enfin, c'est comme ça que moi je vois les choses. Parfois ça dérange. Mais si on ne supporte pas l'innocence d'un enfant de 4 ans, je ne sais pas quoi répondre. Je lui interdis d'être méchant en revanche. L'autre jour il est rentré en me disant que sa grande copine de l'école ne voulait plus lui parler. Pourquoi ? Il lui avait dit qu'elle était un bébé cadum, elle s'est vexée. Alors j'ai expliqué que, tant pis pour lui, s'il est méchant, ça éloigne les amis. Il a compris je crois. Il en reparle souvent.
Tout doit être appris à cet âge. Les codes, les conventions, la façon d'être. Certains adultes n'ont pas compris visiblement. Mais lui, il a une vie à vivre, avec les autres, qui sont déjà très importants à ses yeux. C'est aux parents de transmettre ça. Les racines et surtout, surtout... les ailes !