Encore pardon pour les titres hein, mais je prends le parti de rester constante ^^

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Vous l'avez peut être remarqué mais, j'ai passé 5 semaines en stage et je ne vous ai rien raconté. Ce stage a été particulièrement compliqué pour moi. Je rentre de vacances et ce petit break m'a permis d'analyser, au calme, ce qu'il s'est passé... Vous allez comprendre.

J'ai intégré un service de médecine gériatrique qui comprend un SSR et une UCC. Pas de panique pour les profanes, j'explique.

Déjà, dans "gériatrique", on comprend "personnes âgées". Ca, c'est facile. SSR ou Soins du Suite et de Réadaptation, c'est le service dans lequel atterrissent les gens qui viennent de se faire poser une prothèse de hanche par exemple, ou qui sont tombés chez eux et qui arrivent des urgences avec une fracture ou encore de neurologie après les soins urgents qu'on prodigue aux AVC. En clair, ils passent pas un SSR avant un retour à domicile ou dans leur maison de retraite.

UCC ou Unité Cognitivo-Comportementale, ça veut dire "maintien à domicile difficile dans un contexte d'Alzheimer ou toute autre démence non-étiquetée". Bah oui parce qu'avant de poser un diagnostic d'Alzheimer, il faut des preuves scientifiques et souvent, les gens en présentent tous les symptômes mais à l'imagerie, c'est pas clair. Donc on appelle ça les "démences apparentées" ou "non-étiquetées".

Ces 2 services sont censés accueillir les patients pour des courts séjours. Dans les faits... certains atteignent 90 jours d'hospitalisation voire plus. 

Et il y'a aussi quelques décès. Les gens sont très âgés alors ce sont des choses qui arrivent...

Sur le papier, chouette stage. Hyper axé 3ème voire 4ème âge, plein de pathologies différentes : des insuffisances rénales, des suites de chirurgie ortho ou neuro, des pansements, pleiiiinnn de prises de sang...

J'y ai vu des pépés et des mémés très sympas, juste un peu perdus ou qui n'ont plus une once d'équilibre (alors dans leur maison à étage, c'est pas évident), des personnes hyper agressives parce que la démence, ça n'arrange pas le contact avec les autres êtres humains, surtout quand on se sent menacé, des demandes en mariage de petits papys bien mignons mais bien perdus, des comportements désinhibés à base de "tu as pas peur que je te viole ?" (non ça va...). Des familles aussi, hyper aimantes et qui s'écroulent quand la vieille dame de 105 ans part faire du poney arc-en-ciel. D'autres familles, qui sont là par devoir et qui le disent ("ma mère a été un démon à vivre pour nous tous, alors on est là parce qu'on a pas le choix mais on en fera pas trop"), et puis celles qui reconnaissent que, oui oui, la personne âgée qui ne tient plus debout va bien retourner chez elle parce que, vous comprenez, l'hôpital c'est gratuit (j'en peux plus de cette phrase) alors qu'un EPHAD (maison de retraite) ça coûte un œil, et on va quand même pas entamer l'héritage en vendant la maison pour 2 ou 3 ans à 3000€ par mois... Donc on le ramène, il se re re re re casse la gueule, on prend à peine le temps de faire un dossier pour qu'il ait quelqu'un qui vienne faire le ménage (c'est pas donné) et puis il revient chez vous. Anecdote drôle (ou pas) : un monsieur chute. Il reste chez nous 10 jours avec ses points de suture sur le crâne. Il sort un vendredi. Le samedi matin, les urgences appellent : il est de retour, il est tombé ! Et donc le revoilà parmi nous ! J'ajouterai, juste pour la blague (pas drôle) que ce monsieur est bien bien Alzheimer mais que, comme la famille s'en bat les cacahuètes et ne veut perdre ni argent, ni temps, c'est un vieil homme qui conduit et qui a des armes chez lui (il les nettoie et se loge régulièrement des balles un peu partout dans le corps).

Je ne juge pas les familles hein, je sais comme c'est difficile de voir vieillir ses parents, monter des dossiers de dépendance, payer des maisons de retraites... Dans le cas de la mère qui avait été maltraitante toute sa vie (et qui l'était avec nous donc on les croyait les enfants de 60 ans), ils avaient des souvenirs atroces et donc pas d'affection pour elle. Ca arrive, on voit de tout. Ce qui m'a frappée, c'est le job des assistantes sociales qui sont débordées et qui se bagarrent avec des institutions, les familles, les associations pour solutionner tous les petits ou gros problèmes liés au retour à domicile.

J'avais une petite mamy en charge, superbe... Problème neuro qui fait que quand elle se lève elle tombe. On ne peut rien y faire si ce n'est constater qu'elle tangue non stop. Elle vivait dans un petit appart en ville. Seule de chez seule. 5 enfants, tous à l'étranger. Elle me racontait qu'elle était hyper fertile. Elle s'est auto-avortée une bonne dizaine de fois avec divers outils... Elle avait bien sa tête, des enfants qu'elle voit une fois par an. Quand l'une de ses filles est venue, elle était hyper agressive "mais enfin Maman, tu vois bien que tu ne marches pas droit ? Fais attention merde, comment tu vas faire chez toi ?". On a expliqué qu'elle ne faisait pas exprès, que son vieux cerveau tanguait donc elle tangue aussi, qu'il allait falloir une prise en charge... RAF comme on dit. Elle est restée 3 jours, et puis est repartie. Elle reviendrait voir sa mère pour Noël...

Alors vous vous en doutez, les patients, même ceux qui tapent, ne sont pas la cause de mon problème avec ces 5 semaines. Je les aime moi ces patients, je me mets en quatre, je papote, je m'intéresse. C'est vraiment ça mon point fort et ce qui motive ma reconversion. Non, le problème, c'est que jusque là, j'étais tombée dans des équipes de soignants sympas avec moi. Je ne fonctionne qu'à l'affect. Je ne sais pas faire autrement. Même dans mon métier d'avant, j'ai beaucoup de mal avec les gens qui me rejettent. Je ne le vis pas bien, mon corps ne le vit pas bien. Jusque là, mon "grand âge" générait de la confiance et des conversations. Les équipes étaient plutôt mixtes, entre vieilles soignantes et jeunes diplômées. Là, c'était surtout des jeunes diplômées, hyper proches entre elles. Je l'ai analysé après mais, au lieu d'être considérée comme une stagiaire à qui il faut enseigner une façon de faire, j'avais l'impression d'être une collègue qui vous ralentit. Le boulet qu'il faut traîner. Comme personne n'a pris le temps de m'adresser 3 mots dans les premiers jours, tout le monde est parti sur l'hypothèse que j'étais une aide soignante qui se formait pour devenir infirmière. C'est vrai que, pour la majorité des reconversions, c'est le cas.

Sauf que, bien sûr, quand on m'a fait passé une MSP (une toilette au lit à exécuter parfaitement, avec tous les détails sous réserve qu'elle ne soit pas validée), j'ai foiré. Comprenez bien, les MSP ne sont plus au programme des infirmières depuis 2009 et la réforme du nouveau diplôme. Mais... Comme souvent, les stagiaires y ont droit ("c'était mieux avant, on ne vous apprend plus rien avec ce nouveau diplôme"). Souvenez-vous, mon tout premier stage était dans un EPHAD et j'ai fait 5 semaines de toilettes avec les aides soignantes. Elles m'avaient félicitée. Pour quelqu'un qui n'avait jamais fait ça, qui n'est absolument pas du métier, j'avais fait preuve de soin, d'attention, de délicatesse... Je ne m'envoie pas de fleurs, c'est ce qui est écrit sur mon bilan, visible par tous.

Là, je me retrouve à faire une toilette "en technique" pour les puristes (chose qu'on ne prend même pas le temps de vous apprendre en EPHAD, vous avez 3 heures pour laver 10 corps donc on s'en fout, tant que tu n'es pas méchante et que tu fais bien). Tu oublies d'appuyer sur la présence en entrant dans la chambre : recalée !

Alors bien sûr, si vous êtes persuadé que je suis une ancienne aide soignante diplômée, je suis vraiment naze, je sais même pas faire une toilette ! Sauf que, si vous me demandez d'où je viens, et que je ne me permets pas de vous le dire après 15 jours de stage, vous comprendrez que je n'ai aucun moyen de savoir comment on fait "dans les règles de l'art".

Pour autant, je la ferme et j'exécute. J'ai fait 5 semaines en diabéto en octobre. Pensez-vous que j'aurai validé ce stage si je n'avais pas su faire une mesure de la glycémie ou administrer de l'insuline ? Tout est dans mon portfolio. Je n'ai rien à cacher, tout s'était parfaitement déroulé jusqu'alors. Il est posé dans la salle de soins, même quand je ne travaille pas. Alors les bons commentaires de TOUS mes précédents stages ont dû être écrits par "des gens gentils". Voilà ce qu'on m'a dit alors que je trouvais les infirmières avec le nez sur les différentes appréciations.

Le pompon, c'est que j'ai passé 5 semaines en silence (et sachez que c'est coûteux ça pour moi... lol), rejetée, moquée. Je suis arrivée au bilan de fin de stage remontée comme un coucou, forte de mes échanges avec ma référente de l'école qui semblait bien connaître la situation des stagiaires dans ce service... (ahem)...

J'étais si nulle, si mutique, si impropre à devenir infirmière que j'y allais furieuse. On s'installe avec celle qui était ma tutrice de stage : stage super ! Hyper bonne élève, motivée et (cerise sur le pudding !) HYPER BIEN INTEGREE A L'EQUIPE !!

Looooool ! Bref, j'ai récupéré mon livret, et j'ai fuis en courant ! Cette équipe était étrange. Un clan de copines et toutes les autres infirmières sont nulles. Les stagiaires, on entend tout, on sait beaucoup de choses... Et ben ça ne fait pas rêver.

Bien sûr que je ne suis pas un bisounours. Je sais bien qu'au sein d'une équipe, il y'a le cœur et les à-côtés. Mais de là à aller jusqu'à dénoncer une prétendue erreur d'une collègue qu'on aime pas à la cadre, alors que cette même erreur a été faite par une de ses copines, ça c'est moche ! Et ça donne le ton, c'est éloquent. Au pire, on la passe sous silence, on chope la copine en lui disant qu'elle fasse gaffe, ça je comprends.

Enfin bref, demain j'attaque un autre stage.

Comme me disais très justement une copine de promo, au moins ça te permet de savoir quel type de soignante tu ne veux pas devenir. C'est formateur !

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