Dans le gaz

Les semaines se suivent et se ressemblent... Stage encore jusqu'à vendredi, puis cours et surtout partiels pendant 3 semaines et puis retour en stage, sans savoir où pour l'instant.
Ces foutus partiels qui se profilent m'angoissent, j'ai l'impression de n'être au point sur aucun sujet ! Des matières à valider sur papier, qui concernent des dizaines de pathologies et impossible de savoir sur quoi on va tomber. Pour les gens qui s'y connaissent, je parle des processus. Le premier, Inflammatoire et Infectieux, représente pour moi une soixantaine de fiches de révision. Des pathologies infantiles, à l'infection urinaire, la méningite, les hépatites, la maladie de Crohn, le sepsis, la tuberculose... Ca part dans tous les sens. Le partiel va durer 1h30 donc on se doute que tout ne va pas être abordé. Mais que faire ? Tenter de faire rentrer tout ça dans ma tête quand même, histoire de savoir à peu près tout ? Ou privilégier certains sujets plus vus ou plus visibles dans les services ? C'est le dilemme !
En plus, ce sont des cours que nous avons SANS profs, c'est à dire que maintenant, on se tape 4h de vidéos en ligne sur un sujet, faites par des médecins devant une caméra. On ne peut pas leur poser de questions donc on doit faire des recherches à côté ou imaginer ce qu'on a VRAIMENT besoin de connaître en tant qu'infirmière. J'envie les promos d'il y'a 10 ou 15 ans, sans Internet, avec de vrais intervenants face à elles qui interagissaient.
Mais il n'y a pas que ce partiel ! 4 écrits à rendre, en groupe ou seul, des dizaines de versions des documents.
Je ne me plains pas (enfin si, un peu mais bon), écrire ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.
Sauf qu'on est en stage accessoirement, que c'est nouveau pour nous, qu'au bout de 5 semaines, quand la mécanique du service, les pathologies, les protocoles commencent à rentrer... et ben on s'en va ! Donc ça demande une concentration folle, d'apprendre la maladie qu'on a sous les yeux et puis de s'intégrer à une équipe, de s'adapter à chaque soignant avec lequel on tourne, qui fait forcément différemment de celui que tu as épaulé la veille, et qui voit d'un mauvais œil que tu ne fasses pas "comme lui". Donc avec chacun, remettre en place des réflexes différents, pour une durée de 7h jusqu'au lendemain, et le soignant qui sera là ensuite. Pour être honnête, j'ai eu pas mal de "soir/matin". On dit ça quand on enchaine un soir de 13H30 à 21h et le lendemain de 6h30 à 14h. Tu fais la relève à l'équipe de nuit à 21h qui te la refait de bonne heure le lendemain. L'impression d'avoir dormi sur place !
Ce qui me peine le plus, c'est que dans ces enchainements là, je ne vois pas mon fils pendant un long moment. Bah oui, je le pose le matin à l'école par exemple, je bosse du soir, je rentre et il dort déjà et je pars avant qu'il ne se réveille. J'ai hâte d'être au week end pour glandouiller avec mon doudou dans mes bras mais en général, il me dit qu'il ne m'a pas beaucoup vue et se change en démon. Intouchable, incalmable. Je paie mes choix dans ces moments-là !
Alors bon, ça finalement, je peux l'assumer. Mais la masse d'autres trucs à faire pour les cours quand on est à la maison est aussi importante. Et c'est ça le plus dur pour les mamans de l'IFSI : les devoirs. Quand tu rentres du boulot pendant 10 ans, c'est le plus souvent les mains vides. Enfin normalement... Mais en tous cas, beaucoup moins ! Là, il faut se remettre dans une logique de devoirs. Et encore je m'estime heureuse que Sam soit trop petit pour en avoir lui aussi !
Bref, il faut que cette deuxième année se passe. Sans trop de dégâts en terme de rattrapages... Un peu comme l'an dernier. C'est pas gagné. L'autre jour j'exprimais ce genre d'angoisse à une infirmière de mon lieu de stage. Elle m'a répondu que de toutes façons je serais diplômée que je serais une bonne infirmière... Ca ma reboostée un peu ! Même si elle a précisé que les années d'école sont compliquées. On cherche parfois le sens des choses qu'on nous enseigne.
Hier par exemple, on a eu une journée de retour à l'IFSI. Au programme : en petits groupes, on aborde des situations qui nous ont mis mal à l'aise pendant le stage actuel. Avec les patients ou les soignants. Ensemble on tente d'analyser nos réactions.
Ensuite, 1h30 sur ce qu'est le travail de groupe ou en équipe. Qu'est ce qu'on en attend, comment on l'aborde, quelles sont nos forces dans une équipe ou nos craintes...
Et enfin la psy, toujours en petit groupe. Une psy qu'on rencontre après chaque stage, pour échanger, se confier... Bien sûr que je vois l'attente philosophique de ce type de journée. Bien sûr que c'est important que ces notions nous parlent, qu'on soit capables de mettre le doigt sur des attitudes ou des comportements de certains soignants, pas toujours pédagogues ou détendus à l'idée de se coller un stagiaire-boulet au pied pendant 5 semaines. Mais à côté, on a des matières plus scientifiques qui demandent un travail fou, alors c'est gonflant de se dire qu'on "perd du temps" alors qu'on aurait aimé des TD avec des vrais profs.
Et pourtant, c'est en service qu'on apprend le plus. Piquer, parler au patient, fonctionner dans un service parfois (souvent) tendu entre l'institution, la finance, la hiérarchie...
On ne peut parfois que constater comment l'hôpital est malade. Pour ma part, je trouve que l'équipe dans laquelle je suis depuis 5 semaines ne va pas si mal. Ce n'est pas parfait, notamment avec des médecins fous et froids ou des restrictions budgétaires qui sont incompréhensibles. Mais la team des soignants s'entend bien dans l'ensemble. Aucun arrêt maladie en 5 semaines, je crois savoir que c'est rare aujourd'hui...
Alors on reste en observation, on constate que les médecins ne sont pas forcément dans le savoir-vivre alors que leurs connaissances médicales sont tops. Genre la toubib qui se coupe avec un papier et qui panique en demandant du Dakin (un antiseptique qu'on utilise presque jamais et qui pue la javel). D'autres auraient lâché un gros mot, lécher la plaie et hop ! Bah non, elle, elle a craqué complet...
Ou l'infirmière de nuit inconnue du service qui arrive après une après-midi de la loose où on a couru comme des fous et à qui on dit que Mr Truc, il a un cathéter qui merde, qu'il faudra peut-être le reposer si ça ne passe pas. Elle répond : Ah non mais moi je fais pas ça... Euhhh, bah alors à quoi tu sers ?
On se rend compte que parfois, certaines infirmières sont dinguos ou démotivées. Il n'y a pas d'âge pour que ça arrive. Elles peuvent avoir 25 ou 55 ans. Dans l'équipe on le sait, on leur évite du travail, donc on s'en rajoute !
Le métier est épuisant. On considère qu'un infirmière travaille 7 ans. 7 ans de pratique avant de se réorienter, ou de prétendre à l'école des cadres, ou de péter un plomb... Je vais finir mes études à 35 ans, si je tiens 7 ans j'aurais 42 ans au moment de revoir ma copie.
On va dire que ça me laisse 9 ans pour trouver une autre voie... Ou alors pour tenter de rester convaincue que ce métier en vaut la peine. Heureusement, les exemples que c'est une bonne reconversion sont nombreux et le contact avec les patients m'intéresse VRAIMENT ! Je m'attache, je papote. Je n'aimerais peut-être jamais certains gestes techniques, mais les gens, eux, je les aime depuis longtemps !