Comme tous les vendredis depuis ma sortie de la grossesse patho, rendez vous est pris en hôpital de jour. Mais ce vendredi 12/02, je sais que je ne rentre pas chez moi après une prise de sang, un monito, un test pipi ou une echo... aujourd’hui on rajoute un « toucher vaginal » pour examiner mon col.

Aujourd’hui, selon ce que les doigts de la sage femme sentiront, je devrais choisir une méthode pour déclencher l’accouchement et faire naître ma fille. On baigne en excitation et panique ! 
Résultat : col postérieur, long et à peine ouvert. Verdict : pas favorable ! 
On est a 38sa + 6 jours. Demain 39... et quand une maman fait une cholestase, on ne dépasse pas 39sa. Donc zou ! 
L’interne que je commence à bien connaître me présente les possibilités : 

- les comprimés pour déclencher. 1 prise toutes les 2h, 8 fois de suite. C’est pas invasif, mais ca prend du temps. Ca laisse le temps de sentir monter les contractions. Elle me dit « idéal pour une primipare ». Oui alors moi je sais que je vais douiller donc on va le faire un peu plus rapide hein ! 
- le gel. On met du gel contre le col. On attend 6h. Ca fait maturer le col (ca le ramollit et donc il s’ouvre plus facilement après). Le hic c’est qu’une fois que c’est mis on contrôle plus rien. Si ça part en c*** au niveau fréquence et douleur, bah faut attendre que ca passe. Si ça plait pas au bébé pareil ! Non... on va choisir un truc qui s’adapte ! 
- le ballonnet : on insère un ballonnet et on écarte. Vieille méthode, ca fait mal... non merci.

- le tampon : même chose que le gel. Un timbre poste de 2 mm d’épais avec une ficelle qu’on colle contre le col de l’utérus. Si ça réagit trop fort on l’enlève (c’est ça l’avantage) et sinon on peut en mettre 3 différents 3 jours de suite pendant 24h chacun. 
3 jours ????!!! Mais moi on m’a dit le 12 !!!

Je fais la mijorée mais en fait, je savais tout ça. Je suis tjs très très bien renseignée quand je vais vivre un truc. Je contrôle, je maîtrise ! 
Zou pour le tampon. Il faut s’attendre à des effets sous 4 à 6 h. 
La sage femme sympa arrive avec cette petite chose (c’est tout fin, c’est juste qu’il faut que ses doigts aillent jusqu’au col et que... ouille). Elle le pose, et lance un monito de 2h ! Il faut surveiller que bébé le vit bien. 
Moins d’une heure plus tard, aïe, c’est une contraction ça ! Puis toutes les 10 min, aïe. On respire, c’est pas très très fort. Mais ca augmente... wahou je suis impressionnée ! En plus de faire maturer le col, ça contracte ! Normalement après la maturation au tampon, je devrais avoir une perf d’ocytocine pour lancer les contractions. Là, c’est le double effet kiss cool ! Il est 14h, on me donne à manger. 
Et ca continue. On va marcher mais ca se rapproche, je prends une douche chaude, une perf de spasfon... en disant que si c’est du faux travail ça marchera. On croise les doigts pour que ça marche pas du coup ! 

Ca monte. Mais on ne contrôle pas, je recule le moment où la sage femme va faire son inspection. Et si ces contractions là ne servaient à rien ? C’est possible et je ne veux pas entendre ça. Je dis à mon homme que « je veux bien en chier, mais faut que ca paye !!! ».

19h : Aïe !!! Je dois tenir. On met un monito. On constate en effet que les contractions sont pas mal mais pas forcément rythmées ! La régularité c’est pas mon truc ! 
On continue ! Perf de paracetamol. Mouais... comme dirait ma mère : on aurait pissé dans un violon ! (Ca change rien, en clair).

Là je commence à me tendre... j’ai mal, je rigole plus ! Et les contractions commencent à me couper la chique (fait rarissime chez moi, le silence c’est mauvais signe). 
L’étudiante sage femme veut contrôler : allons y. Après un passage difficile et des douleurs affreuses, on est a un petit 2 ! Oh non, pas tout ça pour ca !!!! Non !!! Elle et la sage femme en poste pour la nuit décident de passer une perf de spasfon avec 1/4 ampoule d’Atarax. Ca aide à se calmer et c’est homéopathique à ces doses. Pendant la perf, je douille affreusement et surtout, un truc coule. La sage femme titulaire veut aller voir. Sauf qu’elle veut que j’ai une contraction pendant qu’elle a ses doigts... Mamma Mia !!! J’ai chanté une cantate ! Elle sort ses doigts, dit que je suis à 4 (en 10 min ???) et que j’ai bien fissuré la poche. C’est cool les gars mais ca va vite là, et j’ai mal je rigole plus ! Elles reviennent en disant « prenez vos affaires, on passe en salle d’accouchement, on va vous poser la peri ». Il est 22h je pense... 

Je m’assois dans le fauteuil roulant et je perds la notion du temps. En salle d’acc tout est prêt ! Nouvelle prise de sang, on m’équipe de tous les côtés (oui moi le côté « j’accouche nature avec les bruits des vagues » ca m’excite pas du tout. Quand je côte ma douleur au dessus de 8, faut pas trop me parasiter avec le reste. On y va et on a un seul objectif : que ça s’arrête ! Je ne juge pas les mamans qui arrivent à rester connectées au monde mais moi je débranche donc j’aime bien qu’on me rebranche de partout et que d’autres gèrent à ma place). 
Me voilà sur le lit de la salle d’acc, perdue. Je papote un peu mais je ne suis plus capable de tenir une conversation cohérente. 
L’anesthésiste arrive. Un de nos plus proches amis est infirmier anesthésiste ici. On parle de lui qui est en vacances... 

Elle désinfecte, Jérôme sort, elle fait l’anesthésie locale, moi le dos rond. Je contracte toutes les 2 minutes et c’est insoutenable. J’entends que je suis censée être ouverte à 4 seulement, que c’est bizarre. Pendant la pose de la peri, je sais qu’il ne faut pas bouger mais je commence à geindre, à faire de drôles de bruits. Je crois que mon premier « je vais mourir » arrive par ici, dans un souffle. L’anesthésiste se bouge, je le sens. Elle commence à scotcher le tube et je perds le sens de la réalité ! On m’allonge sur le côté, parce que je sens que je vais faire un malaise. Jérôme rentre. Une sage femme me dit qu’elle m’examine. Je suis à 7. Ca va trop vite !!! J’ai peut être 3 ou 4 contractions, mon homme est là, comme depuis le début. Il me coache, il accompagne mes respirations. Je vois dans ses yeux qu’il a peur de ma tête à ce moment là, il cherche de l’aide auprès des sages femmes. Il me connaît bien ! Il sait que là, je pars littéralement en couilles. Je suis sur le côté et soudain, la contraction monte et... il faut que je pousse ! Je le dis (fort) et j’accompagne le geste à la parole. Je « sens », je sais, que mon bébé s’engage ! J’étais censée être à 4 il y’a 20 minutes !!!! La peri commence à fonctionner gentiment (genre je sens mais ca fourmille) à gauche mais rien à droite. L’anesthésiste revient et balance un bon bolus (une bonne charge de produit) pour que les 2 cotés commencent à devenir insensibles. Mais c’est trop tard... mon scope à moi fait n’importe quoi, je suis à 170 de rythme cardiaque, je ne respire plus et je commence à me changer en monstre. Jérôme dira après que j’aurais pu tourner dans l’Exorciste ! 
Une contraction monte et là, j’ai pas le choix, mon corps pousse malgré moi, je le dis, je le crie ! Et je pousse... J’entends une sage femme dire : « faut que je l’examine, on la met sur le dos ». Jérôme aide, et au moment où j’arrive sur le dos, la tête de ma fille sort ! Je n’existe plus... j’entends la sage femme « il me faut du monde !! ». 7 ou 8 personnes entrent. Dont l’anesthésiste, un médecin, une puéricultrice pour le bébé. Il y’a une tête entre mes cuisses, la médecin passe à ma droite et m’attrape la main. Elle est à 15 cm de mon visage et je hurle ! « C’est pas possible, j’ai pas de peri !!!! J’ai mal !!!! ». Elle tente de me calmer : y’aura pas de peri madame mais regardez moi ! Il faut pousser pour bien dégager la tête maintenant. Allez !!! 1, 2, 3 !!!

Ca c’est fait, encore une poussée pour les épaules. J’entends qu’elle a sorti son bras, on la pose sur mon ventre. Elle pousse de tous petits cris tout doux, comme si elle avait pas vraiment compris ce qui venait de se passer. On propose à mon homme de couper le cordon, il exécute. Et puis ca reprend, c’est le placenta qui sort.

Iris est née à 23h06 le 12 février 2021 (date rigolote car inversée comme un palindrome, certainement un clin d’œil à son frère et sa petite inversion à lui aussi).

30 min plus tôt j’étais censée être à 4 cm de dilatation. 
Le bolus de la peri fait effet 5 min après, mais on est perfusés à l’ocytocine là ! Elle est toute douce, super calme, belle comme le jour. Nous on plane à 100 000 !!! Iris est là... La sage femme me dit qu’elle va en profiter pour recoudre, persuadée qu’il y’a du travail. Vu les sensations que j’ai vécu quelques minutes avant, je me dis que je dois être ouverte du nombril au coccyx ! Et bien non, zéro point de suture ! La sage femme me dit « bah chapeau ! ». Je me suis excusée des centaines de fois. J’étais sure d’avoir insulté tout le monde. Mais non, paraît que oui j’ai gueulé comme une dingue, mais sans jamais être impolie (mon côté prout prout...) et même tellement transportée par la douleur que j’ai raconté pas mal de conneries rigolotes ! Tant mieux, je ne leur laisse pas un trop mauvais souvenir.

De notre côté il va falloir qu’on le travaille ce souvenir. Je ne sais pas encore comment mais je sens que je vais en avoir besoin; je suis à fleur de peau quand j’en parle (je n’exclus pas le fait que je suis à J4 hein, ni que, hormonalement, je suis en mode décharge. Elle est paisible, douce et calme. Je n’ai pas connu le nourrisson et ces journées rythmées par « manger/dormir ». Son petit poids (qui remonte vite) est aussi en cause. Elle ne daigne se réveiller que pour manger et nous accorder quelques dizaines de minutes de regards, de sourires et de petits gestes... 

Nous sommes rentrés hier, pour le plus grand bonheur de son grand frère. Il veut tout faire, participe non stop et ne s’est pas réveillé cette nuit pour les biberons et les larmichettes. 
On a un rythme à prendre c’est certain, mais pour l’instant, c’est doux et plaisant ! Pourvu que ça dure !!!

 

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