Ils disaient que c’était foutu. De toute façon, j’avais fait tout de travers. Ma fille ne voulait pas de mes seins, non. Sa petite bouche n’y arrivait pas. Et puis elle ne pesait pas assez « lourd » pour que l’on se laisse le temps d’attendre que mon lait arrive. On tente. On retente. Encore et encore. Les puéricultrices insistent, lourdement. Mes seins sont aplatis, moulinés. Je pleure de douleur. Ma fille pleure aussi. La faim arrive et avec elle, les doigts des soignants cherchent à ouvrir sa bouche de force pendant qu’on me ratatine le sein... on pleure toutes les 2 et je me sens nulle devant ces « jeunes femmes » sans enfant qui savent. 

Il faut revenir 7 ans en arrière pour comprendre. Il y’a 7 ans j’ai eu un fils. L’allaitement était loin d’être une évidence. Jusqu’à ce qu’on lui découvre une malformation de l’estomac alors que je suis enceinte, et que le chirurgien qui allait l’opérer me dise « le meilleur cicatrisant pour son estomac, c’est votre lait Madame ». Ok ! C’est décidé, je peux faire ça pour lui, alors go ! De toute façon, mon corps produit énormément de lait alors que je suis à peine à 6 mois de grossesse. Il peut le faire.
Mon fils naît. Je demande un tire lait tandis que les jours en neonat se suivent. Opération, sédation puis réveil. Encore une semaine « à vide » et puis on commence à l’alimenter. Une sonde entre dans son nez et va déposer 1 ml de lait dans son estomac, en 1 heure. 1 ml par heure. Soit un calvaire pour lui, affamé.
Pour moi, un tire-allaitement qui roule. Mais qui roule vite et bien ! Si bien qu’à sa sortie d’hôpital, j’offre un bon stock de cet or blanc au lactarium lyonnais.
On aura pourtant tenté une mise au sein pendant les quelques jours en service kangourou. On pèse le bébé, on le branche au sein (ouille) on compte 1 minute et hop ! On lui enlève de la bouche pour ne pas trop qu’il prenne dans son estomac charcuté. Je vous laisse imaginer les décibels quand un bébé qui a faim et amorce juste sa tétée est « decollé » brutalement. J’ai dit stop ! Et pendant 6 mois j’ai tiré jusqu’à 2l par jour ! Avec ce que j’avais pu congeler, il aura eu mon lait 9 mois ! 

Le tire lait c’est un double travail. On tire, et on donne. Comme le bébé tout neuf n’est pas très patient, on tire, on laisse à température ambiante (ou on stocke et on réchauffe) et on donne au bébé. Le temps de faire tout cela varie si le bébé mange vite, s’il veut du chaud ou de la température ambiante... sans oublier les vaisselles qui s’enchaînent.
Et puis... on entend que, le tire allaitement, c’est pas vraiment de l’allaitement quoi ! C’est genre « ni fait ni à faire ». Oui c’est du lait maternel mais bof... y’a pas le côté douceur, câlin, les yeux dans les yeux. 
Au niveau des avantages c’est pas mal. Le papa/conjoint/ami/grand parent/nounou... peut donner et donc la maman peut « faire des trucs de son côté ». Voilà, c’est tout. C’est ton lait, mais c’est pas du vrai allaitement. Alors de plus en plus, on inclut les tire-allaitantes dans le délire mais ça reste (trop) marginal !
Ah bah oui parce que parlons-en de cet allaitement. C’est LA question qui enflamme les réseaux sociaux. Genre la guerre quoi ! C’est rigolo d’ailleurs... quand on croise virtuellement des ayatollahs, ça va souvent de paire avec l’éducation bienveillante. Voire les militantes anti VEO (pour Violences Éducatives Ordinaires). Promis un jour je détaillerai ça, parce que ça vaut parfois son pesant de cacahuètes ! Bref, pour un groupe (ou des parents) qui prônent la non-violence, faut voir les termes employés quand on prononce le mot « biberon » en leur présence ! Doux Jésus !!! On reviendra pour la bienveillance...

En face, il y’a les antis. « Jamais mon enfant n’abîmera mes seins. C’est se faire chier pour pas grand chose, le lait industriel n’a jamais tué personne. Nous mêmes, enfants des années 80, avons été biberonnés (c’est le cas de le dire) au lait artificiel ».
Genre quand tu parles d’allaitement là, t’es une bobo pseudo-bio qui a un besoin malsain d’exposer tes nibards. 

On est bien avancé entre ces 2 mondes... Mais heureusement, il y’a autour de moi pas mal de copines qui ont allaité « un peu ». Genre 1 mois, 2 mois max. Quelques biberonnantes qui ne s’offusquent pas de voir un nichon et quelques pro pas sectaires qui ont tenu un allaitement long et même avec des jumeaux ! J’ai de la chance j’en suis bien consciente ! 


Partant de là, j’avais dit que la petite sœur aurait droit à mon bon lait naturel mais « sur la bête ». 
Et puis pendant ma grossesse déjà, moins de lait que pour son frère. A la naissance, je m’attendais à des geysers mais non, la montée de lait a pris du temps ! A force de stimuler au tire lait c’est parti ! 
Mais j’étais déjà sortie de la maternité. J’en ai bavé quand, 48h après la naissance j’ai « cédé » à un bib de Guigoz déposé dans ma chambre, genre... incognito. Alors on avait fait un pseudo deal avec l’équipe. 1 fois du Guigoz, une fois au sein.
Et une sucette. J’ai rien contre la sucette. Son frère avait eu sa première dans le bec il n’avait pas 2h. Les bébés en neonat qui ne mangent pas ont besoin de succion (ne serait-ce que pour ne pas perdre le réflexe). Je le savais, je l’avais bien vécu. Pour Iris, j’en avais une et je lui ai donné en me disant que ça la rassurerait en attendant de boire mon lait qui ne venait pas. 

N’empêche, je voulais quand même revenir sur la manière dont les soignants (les puéricultrices en tête, pardon si certaines me lisent et se sentent mises dans le même sac ) se comportent. Pour Sam, je n’avais pas de bébé dans ma chambre. On me disait de dormir, de prendre mon temps, de ne pas me réveiller la nuit pour tirer mon lait. Mon bébé n’en aurait pas besoin tout de suite, je devais prendre soin de moi. Pour Iris, autre discours. « Ca fait 48h qu’on attend votre montée de lait madame. Elle a faim votre fille. Si elle perd du poids, les pédiatres ne vous laisseront pas sortir vous savez ! On comprend pas pourquoi ca vient pas... » Elles ont 20/25 ans, pas d’enfant, pas de montée de lait. Mais un discours bien rodé et je ne sais pas pourquoi. Certaines femmes mettent 5 jours à « produire » du lait. C’est physiologique. Mettez leur la pression + la fatigue post accouchement et bébé à côté, et ça fait un cocktail gagnant de l’emmerdement maximal. La chute d’hormones aidant, ca pleure et... on cède ! A la panique d’abord, au bib ensuite. 

On est rentrés à la maison, j’ai loué un tire lait et acheté du lait en poudre. Et ma fille a mangé. Ma lactation s’est lancée, à grand coups de booster (Galactogyl, fenouil, bière sans alcool (LOL), compote d’abricot...). J’étais chez moi, ça roulait. J’ai commencé à stocker, beaucoup. Et j’ai contacté les potes du lactarium qui sont dans la m*** avec ces confinements et qui ont des stocks vides. La collectrice est venue la première fois le 25 mars. Le 15 avril je lui ai donné 2,5 litres de lait pour des bébés malades ou prémas. Ca c’est une fierté ! 
Sauf que, ma fille me connaissait mal, et je n’ai jamais renoncé. Régulièrement, alors qu’elle avait faim, je lui présentais mon sein. Échecs sur échecs, sans pression. Elle a mon lait, n’en déplaise aux puristes ! Qu’est ce que ca peut bien leur faire que je m’impose ces contraintes du tire-allaitement ? C’est moi qui les vis, je ne demande rien à personne. 
Et puis un jour, miracle. Elle tête. Elle vide mon sein. Sans s’énerver, et elle s’endort ensuite, paisible. Bon.... peut être était-ce un one shot ! Hors de question que je lâche l’affaire ! Deux fois, trois, quatre... merde ! Elle prend le sein, elle tête !! 

J’ai peur de mal faire (hello la nana détendue du slip !) donc je questionne Instagram. Une majorité de bienveillance et quelques « non mais laisse tomber c’est foutu ! ».
Je contacte une conseillère en lactation. J’en veux une pas trop chamanique, pas trop perchée. J’en trouve une pas trop mal. Qui n’est pas sectaire. Un peu ouverte... bof, pour elle c’est rigolo quelques jours mais... ca va se tarir ! Elle me dit que ma lactation est haute là, because le tire lait. Mais mon bébé qui fait presque ses nuits c’est mort, elle va pas téter assez, elle va pas savoir faire sur plusieurs jours donc c’est cuit. 
La pédiatre pour la visite des 2 mois me dit que ça peut s’écrouler oui. Mais que ça se verra sous 7 jours si la courbe de poids se crashe. 
Iris mange, régulièrement. Elle « vide » mes seins. Elle dort toujours la nuit.

Forcément tout cela a allumé des petites veilleuses dans ma tête. Toutes ces nanas, hyper calées en allaitement qui parlent pêle-mêle de la confusion sein/tétine, de Belzebuth en forme de sucette. Si tu veux allaiter comme « les vraies », c’est à la demande. Jamais tu ne pourras donner de sucette pour calmer un bébé qui pleure. Jamais (encore plus jamais que jamais) tu ne mettras de la poudre chimique, possédée par l’industrie, dans un bib pour reposer ton sein vide. Sinon c’est bien simple, ça ne marchera jamais et ton enfant sera perdu. Je caricature mais sérieux, parfois on est pas loin ! 

Alors je questionne aussi. Pour moi, un bébé de 2 mois n’est plus un nourrisson. Iris sait ce que c’est que d’avoir le ventre plein et sait s’exprimer (croyez moi). Pour moi, encore, un bébé qui a faim le fait savoir. Un bébé qui a faim ne dort pas la nuit, un bébé qui a faim n’est pas détendu du bulbe après avoir têté. Il pleure, il réclame. Il n’est pas satisfait. 
8 jours après la prise de poids de la pédiatre à 2 mois, j’ai pesé ma fille. Et devinez quoi, elle a pris du poids. Sa courbe suit bien sa ligne. Elle est nourrie au sein. Et même que tout à l’heure elle chougnait encore après avoir têté. Bah je lui ai fait un bib, de poudre. Elle a du prendre 15ml et s’est endormie. Avec sa sucette...

//Et je continue à donner au lactarium. Si vous voulez les aider c’est par ici : Lactariums de France //
 

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